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Zermatten et les bases spirituelles de notre armée

Xavier Panchaud
La Nation n° 2299 20 février 2026

Nous avons récemment fait une trouvaille intéressante dans une ancienne cabine téléphonique transformée en boîte à livres: L’Armée Suisse aujourd’hui, publiée par les Editions S.A. Thoune en 1966. La fine fleur de l’élite militaire de l’époque a collaboré à cet ouvrage; de nombreux officiers généraux ou supérieurs y ont donné leur contribution et la préface est rédigée par le chef du DMF Paul Chaudet. Le texte de ce dernier donne le ton du livre et se conclut ainsi: «Le citoyen suisse est fier d’être soldat. Puisse-t-il également être fier, en tant que soldat, d’être un homme libre, conscient de ses responsabilités et prêt à défendre de son propre gré sa patrie et ses libertés.»

Cependant que les questions militaires sont sur le devant de la scène et que les principes qui fondent, actuellement, la politique de défense suisse ne sont pas aisément identifiables ou compréhensibles, on lit avec profit l’apport du colonel EMG Maurice Zermatten intitulé Les bases spirituelles de notre armée.

En introduction, Zermatten écrit que deux millénaires de christianisme nous ont au moins apporté «une insécurité précurseur de tout emploi irraisonné de la force, des remords qui tourmentent la conscience du détenteur d’une victoire inique».

Après avoir exposé que nous n’avons pas une armée de conquête, Zermatten se pose la question suivante: quel sens conserve notre armée? Sa réponse est qu’elle a presque toujours appartenu à notre sens de vie et à nos desseins. Elle a en tout cas incarné le but vers lequel tendit notre Confédération à ses débuts; elle apparaît ainsi justifiée et indispensable aux yeux de tout homme libre. Les gens d’Uri, de Schwyz et d’Unterwald jurèrent de faire face aux attaques menaçantes en s’assistant mutuellement. Ils voulaient seulement rester ce qu’ils étaient; vivre libres et sans ennui sur leur propre sol comme par le passé, maintenir leur ordre communautaire et ne rendre compte de leurs faits et gestes qu’aux juges et autorités indigènes.

L’officier valaisan rappelle que les Confédérés ont épinglé la croix du Christ sur leurs bannières et qu’ils priaient agenouillés avant la bataille. Il mentionne le Convenant de Sempach de 1391 qui énonce le principe de base de notre armée, proclamant que la guerre n’est justifiée que si nous sommes obligés par un adversaire. Ce concordat interdit aux soldats de s’en prendre aux femmes et exige par ailleurs le respect des couvents et des églises.

Notre auteur se souvient que Nicolas de Flüe exhortait les hommes de son temps à veiller sur nos libertés, à protéger le pays et au respect du droit en une époque où la tentation de l’aventure incitait à partir en campagne. Zwingli mit lui aussi en garde contre le mercenariat qui lui apparaissait comme une trahison envers notre idéal primitif.

Zermatten écrit qu’à la fin du XIVe siècle la Confédération perd la tête et manifeste des intentions belliqueuses qui se termineront tragiquement à Marignan. L’Helvétie comprendra ensuite qu’elle a fait fausse route.

Le romancier colonel dit que l’honneur exige de nous la fidélité à l’exemple de la grandeur et de l’héroïsme de ceux qui nous ont précédés et qui ont édifié, entre monts et vallées, le foyer qui nous appartient et dans lequel nous vivons comme bon nous semble. Il souligne que, de siècle en siècle, notre armée protège la pérennité de notre indépendance.

En synthèse, l’ancrage chrétien de l’armée suisse lui interdit les abus de puissance et les guerres de conquête. Sa mission est de garantir l’indépendance de la Confédération.

Alors que l’armée a récemment pris pour devise «L’armée suisse défend», celle-ci pourrait sans doute redécouvrir avec intérêt ses origines.

Les bases spirituelles de notre armée telles qu’énoncées par le colonel EMG Zermatten demeurent une boussole dans le contexte actuel. Leur respect est une garantie de la permanence de l’engagement des soldats suisses pour le bien commun de la Confédération.

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